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TOUFDEPOIL


Sébastien vit seul avec son père. Il aimerait bien avoir un ami, un animal, par exemple. Jusqu'ici son père n'était pas d'accord. Un jour, cependant...


Comme si c'était fait exprès pour m'empêcher de refaire des bêtises, il est arrivé quelque chose d'incroyable, de fantastique, d'extraordinaire. Quelque chose comme dans les contes de fées où on dit toujours que ça n'arrive jamais et que le Petit Poucet retrouve ses parents. Pour mon anniversaire, Maman m'a écrit. En plus, elle me promettait une surprise. Elle ne pouvait pas me dire quoi : je verrais.

J'ai vu. C'est arrivé par colis que Papa est allé chercher dans une gare. Mais un colis vivant, plein de poils. Un petit chien qui s'est mis à japper. Un petit chien tout noir avec des poils si longs sur les yeux qu'on ne savait même pas s'il en avait.

Papa lui a donné de l'eau. Mais la touffe de poils aboyait toujours. Papa a dit :

«C'est pas un briard, c'est un braillard. »

Ça m'a fait rire. Mais je voyais bien que Papa n'était pas content. Il appelait ça un « cadeau empoisonné ».

J'ai bien regardé la touffe de poils mais je ne voyais pas où était le poison.

«Elle en a de bonnes, ta mère ! » m'a dit Papa. Et j'ai compris que le poison en question c'était Maman qui, à 25 mille kilomètres de distance, empoisonnait Papa.

«Qu'est-ce que tu veux que je fasse d'un chien dans un appartement ? Qui va le garder pendant que je serai au boulot ?... »

Plein de questions auxquelles Papa ne voulait surtout pas trouver de réponses.

« Je vais lui écrire ce que j'en pense », a dit Papa.

Moi aussi, j'allais le faire. Mais moi, ce que je voulais dire, c'était un grand merci tout plein pour cette touffe de poils que j'ai aussitôt appelée Toufdepoil. Je l'ai serré dans mes bras. Papa pouvait dire ce qu'il voulait. Toufdepoil était à moi, pas à lui. Maman l'avait écrit : « Ça ne sera que pour toi ».

« Je te jure, Papa, que je m'en occuperai bien, que tu n'auras rien à faire, que je le promènerai. Que je ferai tout. Tu n'auras rien à lui reprocher. J'ai regardé Papa si fort et si droit dans les yeux que l'hypnotisme  a dû marcher et qu'il a dit : « On verra demain. »

 Le soir même, j'ai mis la table sans qu'il ait eu à le demander et j'ai essuyé la toile cirée sans qu'il reste une seule miette de pain ni une seule tache de gras. Puis je me suis enfermé dans ma chambre avec Toufdepoil. J'ai pris mon stylo à plume que Papa venait de m'offrir et j'ai écrit une lettre de promesses.


Mon petit papa chéri,

« Je jure que je m'occuperai du chien, tout le temps. S'il est malade, s'il attrape la varicelle, c'est moi qui le soignerai. Tu n'auras même pas besoin d'aller chez le pharmacien. Mais de toute manière, je ferai tellement attention qu'il n'attrapera pas la varicelle. Alors comme ça, je peux le garder. Dis oui, Papa. Je t'en supplie. »


J'ai glissé la lettre dans une enveloppe et j'ai attendu la nuit noire quand j'étais sûr que Papa dormait. Sur la pointe des pieds, j'ai posé ma lettre dans la cuisine, sur le gros bol où Papa boit vite son café avant de partir le matin. J'ai tellement attendu la réponse que j'ai passé toute la nuit à jouer avec Toufdepoil. Il n'en demandait pas tant. Il voulait dormir, en boule contre moi. Chaque fois que je le réveillais, il grognait puis se rendormait.

J'ai entendu la porte se fermer. Papa partait. Je me suis précipité dans la cuisine. Sur mon bol, se trouvait ma lettre, dépliée. En bas, en rouge, Papa avait écrit :

« C'est oui, gros idiot. »

J'étais tellement heureux que j'ai réveillé Toufdepoil. Je lui ai fait promettre de ne pas attraper la varicelle. Je lui ai dit de me regarder droit dans les yeux quand je lui parlais mais il n'a rien compris et il s'est mis à me mordiller les mains. Et puis, ses yeux, il fallait vraiment les chercher pour les trouver derrière sa grosse frange.


C. Gutman

  

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