Lecture cycle III
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La poudre d’escampette


Ferdinand Escampette était célèbre : habile chasseur, il fabriquait lui-même ses cartouches. Un jour, au cours d'une battue, il récupéra une biche blessée par un chasseur et entre­prit de la soigner.


De tout ce temps-là, Escampette ne retourna pas à la chasse. La souffrance qu'il avait lue dans les yeux de la biche blessée avait comme terni sa joie. L'hiver passa et vint la date de la fermeture, quand les fusils doivent se taire pour que le gibier puisse connaître un peu de répit et se reproduire en paix.

Quand vint le printemps, la biche commença à humer l'air de la forêt comme si elle percevait dans les senteurs un mystérieux appel. Chaque jour, elle s'éloignait un peu dans le sous-bois, revenant tard le soir, couverte d'odeurs de pin et de fleurs sauvages. Un matin, enfin, après avoir léché les mains d'Escampette qui lui donnait à manger, elle prit son élan et disparut en

bondissant à travers les arbres pour ne plus reparaître.

Escampette en fut chagrin, mais il eut assez de travail pendant tout l'été pour n'y point trop songer. Au mois de septembre, comme à l'accoutumée, il se mit à préparer ses cartouches pour l'ouverture de la chasse.

L'ouverture eut lieu par une belle journée au ciel clair et doux, tout

parsemé de petits nuages dorés. Escampette prit allégrement  le chemin de la forêt et il ne fut pas long à lever un lièvre qui détalait entre les fourrés. Il l'envoya bouler au premier coup de feu et un sourire de satisfaction creusa ses joues maigres. Mais quand il s'approcha du petit cadavre étendu dans l'herbe, sa joie s'évanouit soudain. Il se souvint de la biche blessée. Le lièvre était

bien mort, mais à l'angle de ses yeux éteints perlaient des larmes pareilles à celles de la biche.

Pensif Escampette mit le lièvre dans sa gibecière et s'en fut à pas lents. Un plus loin, il rencontra un chasseur dans la lande et lui fit cadeau du lièvre. Pour la première fois de sa vie, il rentra chez lui les mains vides.

Le lendemain, au moment de partir pour la chasse, il décida soudain de laisser le fusil à la maison. À la place, il emporta sa vieille canne de frêne, se disant  que le plaisir serait aussi grand de débusquer le gibier que de le tuer. Chaque  fois qu'il faisait lever un faisan dans un grand froufroutement d'ailes qu'il voyait fuir devant lui sur la sente  le petit derrière blanc d'un lapin, il épaulait sa canne et criait « Pan! ». Il était sûr de son coup et c'était tout comme si l'animal avait reçu la charge de plein fouet.

Sur le moment, le jeu l'amusa. Puis, peu à peu, il se sentit devenir triste et malheureux. Ce n'était pas du tout la même chose. Il manquait à cette chasse l’émotion du doigt qui presse la détente, le claquement sec de la détonation se répercutant dans le sous-bois, l'odeur de la poudre. Cela sentait la promenade, cela ne sentait pas la chasse.

Tête basse et pas traînant, il allait par les sentiers quand il rencontra le médecin du village qui, lui aussi, était un grand chasseur.

- Ça ne va pas, Ferdinand ? Tu as l'air bien abattu. Ce ne serait pas une mauvaise grippe qui couve ?

- Ce n'est pas ça, docteur. Voilà, j'ai perdu le goût de tuer les animaux. Ça rend malade.

- Voilà qui est ennuyeux pour un chasseur comme toi. Mais si la chasse te plait, tu pourrais peut-être faire autre chose. Chercher des champignons, par exemple. Ou bien aller à la pêche. Il paraît qu'on prend de très beaux gardons dans l'étang de la Tuque.

- C'est que je n'ai pas perdu le goût de la chasse, docteur. J'aime toujours autant tirer des coups de fusil sur les animaux. C'est les tuer que je ne supporte pas.

- Tu pourrais essayer de les rater.

- Impossible, docteur. C'est la force de l'habitude, voyez-vous. Avec moi, un coup qui part, c'est un coup qui touche. Je n'y peux rien.

- Diable, ton cas est difficile. Écoute, je connais à Luxey un vieux pharmacien qui est un peu alchimiste et qui est aussi chasseur par-dessus le marché. Je suis certain qu'il pourrait te donner d'excellents conseils. Je vais te faire une ordonnance pour lui.

C'est ainsi que, dès le lendemain matin, Escampette prit l'autobus de Mont­de-Marsan et se rendit à Luxey où il trouva le vieux pharmacien penché sur ses bocaux.

- Hum, dit l'apothicaire après avoir lu l'ordonnance, ce n'est pas un cas ordinaire. À mon avis, ce n'est pas toi qu'il faut soigner, c'est ton fusil. Peux-tu me faire voir une de tes cartouches ?

Escampette en avait toujours quelques-unes dans la poche de sa veste. Le pharmacien en prit une, l'ouvrit, déversa la charge de poudre sur la table de son officine, la huma, la goûta, la pesa, l'analysa.

- Ouais, dit-il, c'est une préparation tout à fait particulière.

- Elle me vient de mon grand-père qui la tenait de son grand-père.

- Je m'en doute. On ne sait plus faire des choses comme cela de notre temps. Tout le mal vient de là. Je ne m'étonne pas que tu fasses mouche à tous les coups avec une pareille poudre. La seule solution est d'en changer Justement, j'ai là une vieille formule qui fera tout à fait ton affaire. Prends ce flacon. Désormais, tu en mêleras deux cuillerées à chaque livre de poudre que tu prépareras. Et tu verras. Je veux bien être pendu si tu arrives à toucher un seul animal avec une charge pareille. Il y aura le bruit, la fumée, l'odeur, le plomb partira, mais jamais, jamais, tu entends, il n'atteindra son but. C'est: bien ce que tu voulais ?

Escampette remercia, paya, reprit l'autobus du soir et rentra chez lui où il se mit à préparer sa poudre comme le pharmacien le lui avait prescrit.

Impatient d'essayer ses nouvelles cartouches, il se leva dès l'aube et partit d'un bon pas dans la forêt. À peine avait-il cheminé dix minutes qu'il aperçut, un gros lièvre qui le narguait en plein milieu du sentier. Il épaula, tira... et le lièvre détala plus vite qu'un lièvre n'avait jamais couru. Un peu plus loin, deux perdreaux jaillirent d'une touffe de genêts. C'était un doublé facile. Pan : Pan! Les deux perdreaux s'évanouirent, filant comme des flèches par-dessus la cime des arbres.

Dix fois, vingt fois, Escampette tenta l'expérience et toujours avec le même résultat. On aurait même dit que les animaux sur lesquels il tirait trouvaient une vigueur nouvelle dans le bruit de la détonation.

Il rentra chez lui la gibecière vide, mais heureux d'une bonne matinée de  chasse. Plus aucune tristesse ne l'habitait et il avait retrouvé sa joie perdue.

Escampette redevint le plus grand chasseur de la région, mais un chasseur qui ne faisait jamais de mal à personne. Les autres chasseurs ne furent pas très contents de l'affaire. Le gibier prit de mauvaises habitudes. Quand on lui tirait dessus, il trouvait pour s'enfuir des jambes et des ailes, alors qu'il aurait dû être paralysé par la peur. Mais on s'y fit, et quand un faisan, un lièvre ou un perdreau échappait prestement à la mitraille, on disait en riant qu'il prenait la poudre d'Escampette.


Robert ESCARPIT, Les Contes de la Saint-Glinglin.

  

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