Lecture cycle III
L'hiver
L'histoire du ski
Le bonhomme de neige
Sara et monsieur hiver
Les envoyés de l'hiver
La petite fille aux allumettes




La petite fille aux allumettes

Il faisait effroyablement froid ; il neigeait depuis le matin; il faisait déjà sombre; le soir approchait, le soir
du dernier jour de l'année. Au milieu des rafales, par ce froid glacial, une pauvre petite fille marchait dans
la rue: elle n'avait rien sur la tête, elle était pieds nus. Lorsqu'elle était sortie de chez elle le matin, elle
avait eu de vieilles pantoufles beaucoup trop grandes pour elle. Aussi les perdit-elle lorsqu'elle eut à
se sauver devant une file de voitures; les voitures passées, elle chercha après ses chaussures; un
méchant gamin s'enfuyait emportant en riant l'une des pantoufles; l'autre avait été entièrement écrasée.

Voilà la malheureuse enfant n'ayant plus rien pour abriter ses pauvres petits petons. Dans son vieux
tablier, elle portait des allumettes: elle en tenait à la main un paquet. Mais, ce jour, la veille du nouvel an,
tout le monde était affairé; par cet affreux temps, personne ne s'arrêtait pour considérer l'air suppliant
de la petite qui faisait pitié. La journée finissait, et elle n'avait pas encore vendu un seul paquet
d'allumettes. Tremblante de froid et de faim, elle se traînait de rue en rue.
Des flocons de neige couvraient sa longue chevelure blonde. De toutes les fenêtres brillaient des
lumières: de presque toutes les maisons sortait une délicieuse odeur, celle de l'oie, qu'on rôtissait
pour le festin du soir: c'était la Saint-Sylvestre. Cela, oui, cela lui faisait arrêter ses pas errants.
Enfin, après avoir une dernière fois offerte en vain son paquet d'allumettes, l'enfant aperçoit une
encoignure entre deux maisons, dont l'une dépassait un peu l'autre. Harassée, elle s'y assied et s'y
blottit, tirant à elle ses petits pieds: mais elle grelotte et frissonne encore plus qu'avant et cependant
elle n'ose rentrer chez elle. Elle n'y rapporterait pas la plus petite monnaie, et son père la battrait.
L'enfant avait ses petites menottes toutes transies. "Si je prenais une allumette, se dit-elle, une seule
pour réchauffer mes doigts? " C'est ce qu'elle fit. Quelle flamme merveilleuse c'était! Il sembla tout à
coup à la petite fille qu'elle se trouvait devant un grand poêle en fonte, décoré d'ornements en cuivre.
La petite allait étendre ses pieds pour les réchauffer, lorsque la petite flamme s'éteignit brusquement:
le poêle disparut, et l'enfant restait là, tenant en main un petit morceau de bois à moitié brûlé.
Elle frotta une seconde allumette: la lueur se projetait sur la muraille qui devint transparente.
Derrière, la table était mise: elle était couverte d'une belle nappe blanche, sur laquelle brillait une
superbe vaisselle de porcelaine. Au milieu, s'étalait une magnifique oie rôtie, entourée de compote
de pommes: et voilà que la bête se met en mouvement et, avec un couteau et une fourchette fixés
dans sa poitrine, vient se présenter devant la pauvre petite. Et puis plus rien: la flamme s'éteint.

L'enfant prend une troisième allumette, et elle se voit transportée près d'un arbre de Noël, splendide.
Sur ses branches vertes, brillaient mille bougies de couleurs: de tous côtés, pendait une foule de merveilles. La petite étendit la main pour saisir la moins belle: l'allumette s'éteint. L'arbre semble
monter vers le ciel et ses bougies deviennent des étoiles: il y en a une qui se détache et qui redescend
vers la terre, laissant une traînée de feu.
"Voilà quelqu'un qui va mourir " se dit la petite. Sa vieille grand-mère, le seul être qui l'avait aimée et
chérie, et qui était morte il n'y avait pas longtemps, lui avait dit que lorsqu'on voit une étoile qui file,
d'un autre côté une âme monte vers le paradis. Elle frotta encore une allumette: une grande clarté
se répandit et, devant l'enfant, se tenait la vieille grand-mère.
- Grand-mère, s'écria la petite, grand-mère, emmène-moi. Oh! Tu vas me quitter quand l'allumette
sera éteinte: tu t'évanouiras comme le poêle si chaud, le superbe rôti d'oie, le splendide arbre
de Noël. Reste, je te prie, ou emporte-moi.
Et l'enfant alluma une nouvelle allumette, et puis une autre, et enfin tout le paquet, pour voir la bonne
grand-mère le plus longtemps possible. La grand-mère prit la petite dans ses bras et elle la porta bien
haut, en un lieu où il n'y avait plus ni de froid, ni de faim, ni de chagrin.

Le lendemain matin, cependant, les passants trouvèrent dans l'encoignure le corps de la petite ;
ses joues étaient rouges, elle semblait sourire ; elle était morte de froid, pendant la nuit qui avait
apporté à tant d'autres des joies et des plaisirs. Elle tenait dans sa petite main, toute raidie, les
restes brûlés d'un paquet d'allumettes.
- Quelle sottise ! dit un sans-coeur. Comment a-t-elle pu croire que cela la réchaufferait ?
D'autres versèrent des larmes sur l'enfant; c'est qu'ils ne savaient pas toutes les belles choses
qu'elle avait vues pendant la nuit du nouvel an, c'est qu'ils ignoraient que, si elle avait bien souffert,
elle goûtait maintenant dans les bras de sa grand-mère la plus douce félicité.


  

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