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Une étrange rencontre


Il y a cent ans de cela, un soir d'automne, Jacques décida de faire halte à la vieille auberge qu'il venait de découvrir sur sa route. Un vent froid s'était levé qui se glissait sous ses vêtements et le glaçait jusqu'aux os.

Jacques courut vers la porte de l'auberge. En entrant, une bouffée d'air chaud le prit au visage, bientôt suivie d'une bonne odeur de cuisine. Il pénétra dans la salle et rencontra le regard de trois hommes, assis à une table, en train de dîner. Derrière un bar d'acajou`rutilant, un grand gaillard aux joues rouges essuyait des verres.

 « Bonsoir ! dit Jacques en prenant place à une table. Est-ce que je peux avoir une bonne soupe bouillante et de la viande ?

- Bien sûr! Vous avez l'air transi", remarqua sur un ton aimable l'aubergiste en disparaissant dans la cuisine.

- C'est une bonne chose pour vous d'avoir fait halte ici ! lança un client. On y est au chaud et en sécurité. Moi, je n'aimerais pas voyager dans cette contrée un soir comme celui-ci. - Je ne m'arrête que pour dîner, expliqua Jacques à l'auber­giste qui revenait de sa cuisine, avec deux assiettes fumantes. J'ai encore beaucoup de kilomètres à faire... Un ami m'at­tend à Mortefontaine. »

Il remarqua que les quatre hommes échangeaient des regards gênés.

 « Tu ferais mieux de lui dire, Pierre..., murmura l'un d'eux à l'aubergiste.

- Eh bien, jeune homme, fit ce dernier après s'être éclairci la voix, c'est de la pure inconscience que de se rendre à Morte­fontaine ce soir. Il y a une sacrée trotte jusque-là! et puis la contrée est un vrai désert; vous ne trouverez rien d'autre que des rochers et des bois touffus de chaque côté de la route...

- Ne vous inquiétez pas! Mes chevaux sont robustes, et ma calèche en excellent état! » Il rit, puis reprit: «Et je n'ai pas peur de voyager la nuit à travers bois!

De toute façon, mon ami m'attend, et il s'inquiéterait s'il ne me voyait pas arriver. »

Le silence retomba sur la salle tandis qu'il commençait à manger de bon appétit.

« Allez, vas-y, Pierre, dis-lui tout, reprit bientôt le deuxième client.

- Écoutez-moi bien, jeune homme ! Tout autour d'ici, c'est un étrange pays. Il est rude... sauvage... Je présume qu'il ne ressemble en rien à celui d'où vous venez.

- Oh, vous savez, à la ville, la vie peut être rude aussi, com­menta Jacques avec un sourire.

- Pierre, parle-lui de la Filleule de la Mort! insista le troi­sième client.

- Jeune homme, ce n'est pas contre les rochers et les arbres que j'essaie de vous mettre en garde, poursuivit l'aubergiste. C'est contre une créature que nous appelons ici la Filleule de la Mort. Par des nuits semblables à celle-ci, elle demande aux voyageurs de la laisser monter dans leur voiture et, au matin, on les retrouve morts. »

Jacques dévisagea les hommes, qui l'entouraient: tous avaient l'air on ne peut plus sérieux. Puis il éclata de rire.

 «Vous me prenez pour un idiot ! Je ne vais pas me laisser impressionner par une histoire de fantôme !

- La Filleule de la Mort n'est pas un fantôme ! l'interrompit Pierre d'une voix grave. Elle n'a que la peau sur les os, c'est presque un squelette. Et quand elle pose ses mains osseuses et griffues autour d'un cou... »

Jacques jeta sa serviette sur la table et repoussa sa chaise derrière lui. « La soupe était délicieuse ! Et votre his­toire très intéressante ! Je ne l'oublierai pas pendant mon voyage.»

L'aubergiste haussa les épaules et prit l'argent que Jacques lui tendait. Tandis que ce dernier se dirigeait vers la sortie, il lui lança: « Bonne chance ! Et si quelqu'un vous supplie de monter dans votre voiture, surtout, ne vous arrêtez pas! »

Le vent glacial assaillit brutalement Jacques tandis qu'il courait vers sa calèche.

Maintenant, la nuit était tombée, mais la pleine lune. entre deux nuages, éclairait suffisamment la route qui sinuait à travers les collines et les bois. Jacques se mit à fre­donner pour se distraire de l'angoisse qui naissait en lui. Le froid vif ne tarda pas à engourdir ses mains, et ses bras se fatiguèrent à tenir les rênes. À cause de cette histoire racon­tée par l'aubergiste, il n'appréciait guère de se retrouver seul en pleine nuit, sur cette route déserte...

À Mortefontaine, un bon feu devait flamber dans la che­minée. Jacques donna un petit coup de rênes sur l'échine de ses chevaux pour les faire accélérer quand, soudain, les deux bêtes poussèrent un hennissement apeuré. Alarmé, Jacques regarda autour de lui et vit ce qui les avait effrayées,  devant eux, sur le bord de la route, il y avait quelqu'un.

Il portait un châle noir sur la tête et tendait un bras effrayant de blancheur dans sa direction. La lumière blafarde et terne de la lune dévoila un visage, et Jacques put voir qu'il s'agissait d'une vieille femme. Elle lui faisait signe de s'arrêter.

Jacques repensa à l'histoire entendue à l'auberge. Il se rapprocha peu à peu de la vieille femme, mais, arrivé à sa hauteur, il passa son chemin, fouetta furieusement ses che­vaux, et les lança au grand galop. Il se sentait ridicule, mais il était pourtant content d'atteindre bientôt Mortefontaine.

Jacques tremblait de froid sur son siège, tandis que les chevaux continuaient de galoper sur la route déserte. Brus­quement, les rênes se tendirent. Les deux bêtes hennirent de nouveau, et se cabrèrent au risque de renverser la calèche. Usant de toutes ses forces, Jacques parvint à les maîtriser. Quand elles se furent calmées, il se rassit sur son siège, le coeur battant à tout rompre, et tenta de reprendre son souffle.

C'est alors qu'il aperçut, sous la lumière laiteuse de la lune, au bord de la route, une jeune femme aux longs che­veux blonds, enveloppée d'une cape verte. Elle le regardait d'un air implorant.

«Monsieur, je dois me rendre à Mortefontaine... Mon cheval m'a désarçonnée et s'est enfui il y a deux heures environ. Je suis transie et exténuée... Je vous en supplie, ayez la bonté de me laisser monter dans votre voiture! »

Jacques rapprocha sa calèche de la jeune femme. Il avait rarement vu un visage aussi ravissant, rarement entendu une voix aussi douce et raffinée. « Ce sera un réel plaisir pour moi de vous conduire à Morte­fontaine, dit-il en lui tendant la main, pour l'aider à monter sur le siège. Je m'y rends moi-même. Un ami m'y attend.

- Vous êtes vraiment aimable. Je n'aurais pas supporté de rester une heure de plus par ce froid glacial. »

Jacques détourna les yeux de ce beau visage, si proche du sien maintenant. Il fit claquer les rênes: les chevaux repar­tirent au petit trot.

Jacques essaya tout d'abord de poser quelques questions à sa passagère, mais elle semblait si timide et si réservée qu'il n'insista pas. Parfois, il tournait la tête de son côté. Elle se contentait alors de sourire, ses yeux brillant au clair de lune.

Mais il ne tarda pas à remarquer sur son visage une expression dure qui subsistait même quand leurs regards se croisaient...

Le visage de la jeune fille ne paraissait pas si jeune que ça. Sa peau s'était fanée, ses cheveux avaient perdu toute leur blondeur: ils étaient devenus gris et ternes. Jacques prit les rênes d'une main, se frotta les yeux de l'autre. Il se sen­tit soudain mal à l'aise et fatigué. Il jeta un coup d’oeil vers la femme qui le dévisa­geait. Il eut l'impression que ses yeux noirs s'étaient enfoncés dans les orbites et

que ses os ressortaient, fai­sant saillie sous la peau.

Jacques ne put réprimer un frisson et reporta son attention sur la route. Quelque chose s'insinuait dans son esprit, qui le ren­dait de plus en plus nerveux. Il serra les dents. Il s'obligea à ne pas tourner la tête, mais il finit par céder à la tentation. Il jeta un rapide regard sur la femme.

Un squelette était assis sur le siège à côté de lui, un squelette grimaçant un affreux sourire ! Jacques sut qu'il s'agissait de la Filleule de la Mort. Terrorisé, il s'agrippa aux rênes. Deux mains décharnées jaillirent de la cape verte, se tendirent vers lui. À la seconde, où elles se plantaient dans son habit, il lâcha les rênes et se protégea le cou de ses mains. Mais la Filleule de la Mort l'empoigna à bras-le-corps, et il eut le plus grand mal à résister à cette étreinte mortelle. Les chevaux se cabrèrent, puis reprirent leur course folle sur la route déserte.

Soudain, les doigts osseux et griffus enserrèrent le cou de Jacques. Sa respiration se fit difficile, saccadée. Le visage hideux se colla contre le sien. Il rassembla le peu de force qui lui restait et, réussit à écarter ces mains qui tentaient de lui ôter la vie.

La Filleule de la Mort chancela, mais sourit encore. Et elle revint à l'attaque. Jacques la saisit par ses poignets osseux, se redressa d'un coup, et l'arracha violemment du siège pour la pousser hors de la voiture. La Filleule de la Mort tenta de se rete­nir à un crochet à l'arrière de la calèche, mais tomba sur la route avec un cri à vous glacer les sangs.

À demi conscient, Jacques retomba sur son siège et laissa ses chevaux filer droit devant eux, vers Mor­tefontaine.

 « Jacques ! C'est bien toi? » demanda une voix.

Jacques entrouvrit les yeux et vit son ami qui le regardait, l'air inquiet:

« Jacques, qu'est-ce qui se passe ? Tes chevaux sont venus jusqu'ici, mais toi, tu étais évanoui. Tu es malade ?

- La Filleule de la Mort..., murmura Jacques.

- Arrête de dire des âneries ! s'exclama son ami.

- La Filleule de la Mort... Elle a essayé de me tuer.

- Tu as entendu parler de cette vieille superstition? lança son ami en l'aidant à mettre pied à terre. Les gens d'ici la racontent, pour effrayer les voyageurs. »

Jacques leva la tête vers la lune. Avait-il rêvé ? Sans doute... Il reposa les yeux sur son ami et lut sur son visage la plus grande des épouvantes. Il suivit alors son regard jus­qu'à la calèche. Là, sur le crochet auquel elle avait tenté de se retenir, restait suspendue la main blanche et osseuse de la Filleule de la Mort !


J. B. STAMPER, «La Filleule de la Mort».



  

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